Vitiligo : Combiner dépigmentation et phototherapie - Ce qu'il faut vraiment savoir

févr., 3 2026

Le vitiligo n’est pas une simple tache blanche sur la peau. C’est une maladie auto-immune où le système immunitaire attaque les mélanocytes, ces cellules qui donnent sa couleur à la peau. Résultat : des zones décolorées, souvent symétriques, qui peuvent apparaître sur le visage, les mains, les plis du corps, ou même autour des yeux et de la bouche. Selon les études du NIH, entre 0,25 % et 2,5 % de la population mondiale en est affectée, avec des taux plus élevés en Inde. Mais ce qui compte vraiment, c’est que phototherapie et dépigmentation ne sont pas des traitements combinés - ce sont deux approches opposées, choisies selon la gravité de la maladie.

Phototherapie : la première ligne pour restaurer la couleur

Si vous avez moins de 80 % de votre peau décolorée, la phototherapie est votre meilleure option. Elle ne cherche pas à enlever la couleur, mais à la ramener. Le principe ? Exposer la peau à une lumière ultraviolette contrôlée pour stimuler les mélanocytes encore présents, surtout autour des poils. C’est comme réveiller des cellules endormies.

Il existe trois types de phototherapie, mais seul le NB-UVB (ultraviolet B étroit) est devenu la norme. Il utilise une lumière à 311-313 nm, sans produits chimiques, et sans risque de cancer à long terme. Contrairement à l’ancienne méthode PUVA (qui combine un produit appelé psoralène avec de l’UVA), le NB-UVB ne cause pas de nausées, ni de brûlures profondes. Les études de la JAMA Dermatology en 2017 montrent que 37 % des patients voient au moins 50 % de repigmentation en 6 mois. À 12 mois, ce chiffre grimpe à 57 %. Pour le visage et le cou, les résultats sont encore meilleurs : jusqu’à 80 % de reprise de couleur.

Le traitement demande du temps. Vous devez vous rendre au cabinet 2 à 3 fois par semaine, chaque séance durant quelques minutes. Les premières séances servent à déterminer votre dose minimale d’érythème (la quantité de lumière qui rougit légèrement votre peau). Ensuite, la dose augmente de 10 à 20 % par séance. Il faut au moins 6 mois pour voir un effet réel. Beaucoup abandonnent avant, faute de patience. Mais ceux qui persistent - surtout sur le visage - rapportent des changements profonds : « J’ai retrouvé mon reflet », dit une patiente de UC Davis Health après 9 mois de traitement.

La dépigmentation : quand on choisit de tout éclaircir

Et si vous avez plus de 80 % de votre peau blanche ? Alors, la phototherapie ne sert plus à grand-chose. À quoi bon essayer de repeindre une toile presque entièrement blanche ? C’est là que la dépigmentation entre en jeu. Ce n’est pas une erreur, ni une défaite. C’est une décision médicale, prise en concertation avec un dermatologue.

Le traitement utilise un produit appelé monobenzylethéther (MBEH), appliqué en crème sur les zones encore pigmentées. L’objectif ? Éclaircir progressivement ces zones pour qu’elles s’harmonisent avec les taches de vitiligo. Le processus prend entre 6 et 12 mois. La peau devient uniformément ivoire. Ce n’est pas une solution rapide, mais pour certains, c’est la seule façon de retrouver une apparence stable, sans contrastes choquants.

Les risques ? La peau devient extrêmement sensible au soleil. Il faut porter une protection solaire tous les jours, même en hiver. Il n’y a pas de retour en arrière. Une fois la dépigmentation terminée, la couleur ne revient pas. C’est une décision irréversible. Ce n’est donc pas pour tout le monde. Mais pour ceux qui vivent avec un vitiligo extrêmement étendu, c’est une libération.

Les différences entre phototherapie et dépigmentation

Beaucoup pensent que ces deux traitements peuvent être combinés. Ce n’est pas le cas. Elles visent des objectifs contraires. La phototherapie cherche à restituer la couleur. La dépigmentation cherche à supprimer la couleur restante.

Voici ce que vous devez savoir :

Comparaison entre phototherapie et dépigmentation
Paramètre Phototherapie (NB-UVB) Dépigmentation (MBEH)
Objectif Restaurer la pigmentation Éliminer la pigmentation restante
Utilisation Moins de 80 % de peau décolorée Plus de 80 % de peau décolorée
Durée du traitement 6 à 18 mois 6 à 12 mois
Fréquence 2 à 3 fois/semaine 1 à 2 fois/jour
Effets secondaires Rougeur, sécheresse Irritation, sensibilité au soleil
Résultats visibles Meilleurs sur le visage, le cou Uniformité totale de la peau
Effet permanent ? Non - peut récidiver Oui - irréversible
Application d'une crème dépigmentante sur un avant-bras, la peau passant progressivement du brun à l'ivoire, avec un sablier et un écran de protection solaire.

Combinaisons efficaces - mais pas avec la dépigmentation

La phototherapie ne fonctionne pas toujours seule. Les dermatologues la combinent souvent avec des crèmes topiques. Le plus courant ? Les inhibiteurs de calcineurine, comme le tacrolimus ou le pimecrolimus. Ces crèmes, appliquées directement sur les taches, boostent la réponse à la lumière. Selon les données de la Mayo Clinic, elles augmentent la repigmentation de 25 à 30 %.

Une nouvelle avancée, publiée en 2023 dans la JAMA Dermatology, montre que l’association du NB-UVB avec la crème ruxolitinib (approuvée par la FDA en 2022) permet d’obtenir 54 % de repigmentation en seulement 6 mois - contre 32 % avec la lumière seule. Cela pourrait réduire la durée du traitement et améliorer les résultats sur les mains et les pieds, où la réponse est habituellement faible.

Il n’existe aucune étude sérieuse sur une combinaison de phototherapie et de dépigmentation. Ce serait contradictoire : vous ne pouvez pas à la fois réactiver les mélanocytes et les détruire. Les deux traitements sont mutuellement exclusifs.

Les pièges à éviter

Beaucoup de patients essaient des remèdes maison : jus de citron, huile de noix de coco, ou même des lampes UV achetées sur Internet. Ces méthodes sont dangereuses. Les lampes non médicales émettent des longueurs d’onde inadaptées. Elles brûlent la peau sans stimuler la repigmentation. Le risque de cancer est réel.

Autre erreur : arrêter trop tôt. La phototherapie ne donne pas de résultats en 2 mois. Les études montrent clairement qu’il faut 6 mois pour évaluer la réponse. Beaucoup abandonnent à 4 mois, pensant que ça ne marche pas. Ce n’est pas vrai. Les meilleurs résultats arrivent entre 12 et 18 mois.

Enfin, ne sous-estimez pas le coût. En clinique, une année de NB-UVB coûte entre 1 200 et 2 500 €. En home therapy, l’appareil coûte 2 500 à 5 000 €, mais les frais annuels baissent. Aux États-Unis, Medicare couvre 80 % des coûts depuis 2021. En Europe, les remboursements varient selon les pays. Vérifiez votre couverture avant de commencer.

Traitement phototherapie avec IA et groupe de personnes souriantes, la peau uniforme, des fleurs de lotus blancs flottant autour d'eux.

Le rôle du soutien psychologique

Le vitiligo n’est pas seulement une maladie de la peau. C’est une maladie de l’estime de soi. Des études montrent que 70 % des patients développent une anxiété sociale, voire une dépression. Les réseaux sociaux, comme le forum Vitiligo Support International (15 000 membres actifs), offrent un espace précieux pour partager les expériences. Beaucoup disent que le vrai changement ne vient pas de la lumière, mais du moment où ils cessent de cacher leur peau.

Les centres comme UCLA et NYU Langone proposent maintenant des programmes de soutien psychologique en parallèle du traitement. Parce que guérir, ce n’est pas seulement retrouver la couleur. C’est retrouver sa place dans le miroir.

Les nouvelles pistes : vers une phototherapie personnalisée

En 2023, la FDA a approuvé le premier appareil de phototherapie avec intelligence artificielle : Vitilux AI. Il utilise une caméra de smartphone pour analyser la teinte de la peau et ajuster automatiquement la dose de lumière. Dans les essais, il a réduit les erreurs de dosage de 37 %. Cela signifie moins de brûlures, plus de précision.

À l’horizon 2024, le essai clinique VITCURE-2 testera une combinaison de NB-UVB avec des implants d’afamelanotide, une molécule qui stimule naturellement la production de mélanine. Et à plus long terme, les chercheurs explorent des traitements basés sur des marqueurs génétiques pour prédire qui réagira le mieux à la lumière.

Le futur du vitiligo n’est pas dans la suppression, mais dans la régénération. Et la phototherapie, loin d’être une technique dépassée, est au cœur de cette révolution.