La Racine de Réglisse et les Médicaments contre l'Hypertension : Comment Elle Réduit leur Efficacité

janv., 4 2026

Vous prenez un médicament contre l’hypertension, et vous aimez un bon bonbon à la réglisse ou une tisane apaisante ? Attention : ce petit plaisir peut annuler l’effet de votre traitement. La racine de réglisse, bien qu’elle soit utilisée depuis des millénaires pour calmer la toux ou les maux d’estomac, contient un composé puissant - la glycyrrhizine - qui interfère directement avec les médicaments qui doivent abaisser votre pression artérielle. Ce n’est pas une simple hypothèse. C’est une réalité clinique documentée dans des centaines de cas, avec des conséquences parfois graves.

Comment la réglisse détruit l’effet de vos médicaments

La réglisse n’agit pas comme un médicament qui entre en conflit avec un autre. Elle agit comme un faux signal dans votre corps. La glycyrrhizine, son composant actif, bloque une enzyme appelée 11β-hydroxysteroid dehydrogenase type 2. Cette enzyme a un rôle simple : elle empêche le cortisol - une hormone du stress - de se comporter comme l’aldostérone, une hormone qui fait retenir le sodium et l’eau. Quand cette enzyme est bloquée, le cortisol agit comme l’aldostérone. Résultat ? Votre corps retient plus de sel et d’eau, vos reins rejettent moins de potassium, et votre volume sanguin augmente. Tout cela pousse votre pression artérielle vers le haut.

Et là, c’est le drame : vos médicaments contre l’hypertension sont conçus pour faire l’inverse. Un inhibiteur de l’ACE comme le lisinopril réduit la production d’une hormone qui serre les vaisseaux. Un blocant des récepteurs de l’angiotensine II comme le losartan bloque cette même hormone. Un diurétique comme le spironolactone vous fait uriner plus pour éliminer l’excès de liquide. Mais si la réglisse vous fait retenir 10 à 15 % de plus de liquide, ces médicaments ne peuvent plus agir. Des études montrent que l’efficacité de ces traitements peut chuter de 25 à 50 %.

Quels médicaments sont les plus concernés ?

La réglisse ne touche pas tous les traitements de la même manière. Les interactions les plus dangereuses se produisent avec :

  • Les diurétiques économes en potassium - comme le spironolactone ou l’amiloride. Ici, la réglisse annule complètement l’effet en 7 à 10 jours. Votre pression monte, votre potassium chute, et vous risquez des arythmies.
  • Les inhibiteurs de l’ACE - comme le lisinopril, l’énalapril. La glycyrrhizine réduit leur efficacité de 30 à 50 %, selon une étude publiée en 2006.
  • Les bloquants des récepteurs de l’angiotensine II (ARB) - comme le losartan ou le valsartan. Leur effet diminue d’environ 25 %.
  • Les bloqueurs calciques - comme l’amlodipine. Leur action est affaiblie de 15 à 20 %, surtout si vous consommez de la réglisse régulièrement.

Les diurétiques thiazidiques, eux, sont moins touchés, mais vous risquez quand même une chute du potassium - ce qui peut provoquer des crampes, une fatigue intense, ou même des troubles du rythme cardiaque.

Combien de réglisse est trop ?

Il n’y a pas de seuil magique, mais les données sont claires : au-delà de 100 mg de glycyrrhizine par jour pendant deux semaines, les effets se manifestent. Cela équivaut à environ 50 grammes de bonbons à la réglisse vraie. Mais attention : ce n’est pas une question de quantité quotidienne, mais de cumul. Une tasse de thé à la réglisse par jour, un comprimé d’herbe médicinale, ou même un sirop pour la toux peut suffire à provoquer un déséquilibre.

Une étude de 2015 a montré que certaines personnes, déjà sous traitement, ont vu leur pression systolique grimper de 30 mmHg - de 130 à 160 - en seulement dix jours. Un patient a vu sa pression passer de 130/80 à 185/105 après avoir bu du thé à la réglisse tous les jours pendant deux semaines. Il a dû être hospitalisé.

Thé à la réglisse déversé dans un rein gonflé, un diurétique écrasé sous une racine de réglisse, symboles de potassium en fuite.

La réglisse, c’est quoi exactement ?

La plupart des bonbons « à la réglisse » vendus aux États-Unis et dans d’autres pays ne contiennent pas de réglisse vraie. Ils utilisent de l’huile d’anis ou du fenouil pour imiter le goût. Mais dans les produits bio, les compléments alimentaires, les tisanes, les sirops et même certains produits de médecine traditionnelle chinoise, la réglisse réelle - Glycyrrhiza glabra - est présente. Et elle est souvent indiquée sur l’étiquette comme « extrait de réglisse » ou « racine de réglisse ».

Si vous lisez « arôme naturel de réglisse » sur un paquet, vérifiez la liste des ingrédients. Si vous voyez « Glycyrrhiza glabra », « extrait de réglisse » ou « racine de réglisse », vous êtes en présence de glycyrrhizine. Si vous voyez « arôme d’anis » ou « fenouil », vous êtes en sécurité.

Les pièges invisibles

Le plus grand danger, c’est que vous ne savez pas que vous en consommez. Une enquête a montré que 30 % des laxatifs à base d’herbes et 25 % des formules de médecine traditionnelle chinoise contiennent de la réglisse. Même certains chewing-gums, cigarettes de tabac aromatisé, ou produits pour la peau peuvent en contenir. Et les compléments alimentaires ? La plupart ne mentionnent pas la teneur en glycyrrhizine. Seuls 37 % des étiquettes en France et aux États-Unis avertissent des risques pour la pression artérielle.

Il existe une version déglycyrrhizinée - appelée DGL - utilisée pour traiter les brûlures d’estomac. Elle contient moins de 1 % de glycyrrhizine et est sans danger pour la pression. Mais si vous achetez un complément pour « la digestion » ou « la santé du foie », vérifiez : il peut s’agir de la version normale, pas de la DGL.

Patient jetant la réglisse dans une poubelle en flammes, tenant des fruits et un signe 'DGL = Sûr' en arrière-plan.

Que faire si vous avez déjà consommé de la réglisse ?

Si vous prenez un traitement contre l’hypertension et que vous avez mangé de la réglisse récemment, ne paniquez pas. Mais agissez vite.

  1. Arrêtez immédiatement toute consommation de réglisse vraie.
  2. Surveillez votre pression artérielle deux fois par jour pendant 10 jours. Notez les chiffres.
  3. Consultez votre médecin ou votre pharmacien. Dites-leur exactement ce que vous avez consommé et depuis quand.
  4. Si vous avez des crampes, une fatigue intense, un rythme cardiaque irrégulier, ou une forte migraine, allez aux urgences. Une chute du potassium en dessous de 3,0 mmol/L est dangereuse.

Les effets de la glycyrrhizine peuvent durer jusqu’à deux semaines après l’arrêt de la consommation. Ce n’est pas une question de quelques heures. Votre corps met du temps à rétablir l’équilibre.

Le mot de la fin : pas de compromis

La réglisse est une plante ancienne, douce, parfois réconfortante. Mais quand vous prenez un traitement pour l’hypertension, elle devient un ennemi silencieux. Aucun médecin ne vous dira : « Prenez une tisane, ça vous fera du bien. » Parce que ce n’est pas vrai. Pour vous, ce n’est pas un complément. C’est un risque.

Si vous voulez un goût sucré, choisissez le miel, la stévia, ou des fruits. Si vous voulez calmer votre gorge, optez pour un sirop sans réglisse. Si vous voulez protéger votre cœur, évitez la réglisse vraie - même en petite quantité. Votre pression artérielle ne négocie pas. Votre traitement ne peut pas compenser. Et votre santé ne peut pas attendre.

La réglisse sans sucre est-elle sans risque ?

Non. Le risque ne vient pas du sucre, mais de la glycyrrhizine. Même les comprimés, les gélules ou les extraits sans sucre contiennent ce composé. Si la liste des ingrédients mentionne « racine de réglisse » ou « Glycyrrhiza glabra », c’est dangereux, peu importe la forme.

La réglisse bio est-elle plus sûre ?

Non. Les produits biologiques peuvent contenir encore plus de glycyrrhizine, car les racines cultivées sans pesticides ont souvent une concentration plus élevée. La bio ne signifie pas sans risque ici.

Puis-je consommer de la réglisse une fois par mois ?

Même une seule consommation peut déclencher une réaction chez certaines personnes, surtout si vous êtes sensible ou si vous prenez un diurétique. Il n’y a pas de seuil « sûr ». L’American Heart Association recommande une éviction totale pour les patients sous traitement anti-hypertenseur.

La réglisse peut-elle abaisser la pression ?

Non. Toutes les études montrent qu’elle l’élève. Certains pensent qu’elle « apaise » et donc réduit le stress, mais les effets physiologiques de la glycyrrhizine sur les reins et les vaisseaux sont plus forts que tout effet psychologique. Il n’existe aucun cas documenté où la réglisse a abaisse la pression chez un patient sous traitement.

Quels sont les signes que la réglisse m’empêche de bien contrôler ma pression ?

Vous remarquez une hausse inexpliquée de votre pression, même en respectant votre traitement. Vous avez des crampes musculaires, une fatigue inhabituelle, des palpitations, ou une envie fréquente d’uriner. Votre médecin peut aussi détecter une baisse du potassium dans vos analyses. Ces signes, combinés à une consommation récente de réglisse, doivent vous alerter immédiatement.