Gabapentinoides et opioïdes : risque accru de dépression respiratoire

nov., 24 2025

Prenez un médicament pour la douleur neuropathique, comme le gabapentin ou le pregabalin, et un analgésique puissant comme l’oxycodone ou la morphine. Ça semble logique, non ? Un médecin veut soulager la douleur, alors il combine deux traitements. Mais ce qu’il ne voit pas toujours, c’est que ces deux médicaments, pris ensemble, peuvent ralentir votre respiration jusqu’à l’arrêt. Et ce n’est pas une hypothèse. C’est une réalité documentée par des milliers de cas, des études scientifiques et des alertes sanitaires internationales.

Qu’est-ce que la dépression respiratoire ?

La dépression respiratoire, c’est quand votre corps oublie de respirer. Pas juste une respiration superficielle. C’est une baisse critique du volume d’air que vous inspirez et expirez. Vos poumons ne font plus leur travail. Votre sang manque d’oxygène. Votre cerveau, lui, s’engourdit. Dans les cas graves, vous arrêtez de respirer pendant plusieurs secondes, voire plusieurs minutes. Et si personne ne réagit, vous pouvez mourir.

Les opioïdes, comme la morphine, le fentanyl ou l’hydrocodone, sont connus pour ce risque. C’est pour ça qu’on surveille les patients à l’hôpital après une injection. Mais ce que beaucoup ignorent, c’est que les gabapentinoides - gabapentin et pregabalin - peuvent faire la même chose. Seuls, ils le font rarement. Ensemble avec un opioïde, c’est une autre histoire.

Les faits qui ont changé la pratique médicale

En 2019, la FDA (l’agence américaine des médicaments) a publié une alerte officielle. Elle a analysé plus de 5 ans de données sur les effets indésirables. Résultat : 49 cas de dépression respiratoire liés au gabapentin ou au pregabalin. Parmi eux, 12 personnes sont mortes. Et dans tous les cas mortels, les patients prenaient aussi un opioïde ou avaient une maladie pulmonaire.

Les chiffres sont encore plus inquiétants dans une étude publiée dans PLOS Medicine en 2017. Sur 16 ans de données, les chercheurs ont vu que les patients qui prenaient à la fois un opioïde et un gabapentinoides avaient 50 % plus de risques de mourir d’une surdose d’opioïdes. Et si la dose de gabapentin était élevée ? Le risque montait à presque 200 %.

En France, les prescriptions de gabapentin et de pregabalin ont augmenté ces dernières années, souvent pour remplacer les opioïdes. On pensait qu’on réduisait les risques. En réalité, on les a multipliés.

Comment ça marche ? L’interaction qui tue

Les opioïdes agissent sur les récepteurs du cerveau qui contrôlent la respiration. Les gabapentinoides, eux, ralentissent l’activité électrique du système nerveux central. Ensemble, ils se renforcent. C’est ce qu’on appelle une interaction additive.

Une étude menée sur 12 volontaires sains a montré que quand on donnait à la fois du pregabalin et du remifentanil (un opioïde puissant), la concentration de CO₂ dans l’air expiré augmentait nettement - un signe clair que la respiration était moins efficace. Autre étude : des hommes âgés ont eu plus d’apnées (arrêts de respiration) pendant leur sommeil après une dose de gabapentin, même sans opioïde.

Et ce n’est pas tout. Les opioïdes ralentissent le transit intestinal. Or, le gabapentin est absorbé dans la première partie de l’intestin. Si le transit est plus lent, le gabapentin reste plus longtemps dans cette zone. Résultat : vous absorbez plus de médicament que prévu. Votre taux sanguin monte, et avec lui, le risque de dépression respiratoire.

Un médecin prescrit simultanément deux médicaments qui ralentissent la respiration, entouré de symboles de danger.

Qui est le plus à risque ?

Le risque ne touche pas tout le monde de la même manière. Certains groupes sont particulièrement vulnérables :

  • Les personnes âgées - leur système respiratoire est plus fragile, leurs reins fonctionnent moins bien
  • Les patients avec une maladie pulmonaire chronique - BPCO, apnée du sommeil, fibrose
  • Les personnes ayant une insuffisance rénale - le gabapentin et le pregabalin sont éliminés par les reins. Si les reins sont faibles, le médicament s’accumule
  • Les patients qui prennent d’autres déprimeurs du système nerveux - benzodiazépines, somnifères, antidepresseurs tricycliques

Un patient de 75 ans, avec une BPCO, qui prend du pregabalin à 150 mg par jour et de l’oxycodone à 20 mg, est en danger. Un jeune adulte en bonne santé, avec une douleur neuropathique légère, peut être moins à risque. Mais même dans ce cas, le risque existe.

Les alertes existent - mais on les ignore

La FDA, l’Agence européenne (EMA), et l’Agence britannique (MHRA) ont tous mis en garde. Les notices des médicaments ont été modifiées. Les médecins sont supposés savoir.

Pourtant, en 2017, près d’un patient sur cinq qui a reçu un nouveau traitement par gabapentin a aussi reçu un opioïde. Pour le pregabalin, c’était un sur quatre. C’est une pratique courante, surtout en médecine générale et en douleur chronique. Pourquoi ? Parce que les patients ont mal. Et les médecins veulent aider. Mais ils ne voient pas la bombe à retardement.

La vérité, c’est que les gabapentinoides ne sont pas toujours plus efficaces que les opioïdes pour la douleur post-opératoire. Une étude dans JAMA Network Open a conclu que l’ajout de gabapentinoides aux opioïdes n’apporte pas de bénéfice clair en matière de soulagement de la douleur. Alors pourquoi les prescrire ensemble ? Par habitude. Par peur de ne pas suffisamment traiter la douleur. Par manque d’information.

Une famille alertée par l’arrêt de la respiration d’un proche, des vagues de souffle disparaissant au-dessus du lit.

Que faire ? Des règles simples pour survivre

Vous prenez déjà un opioïde ? Ne commencez pas un gabapentinoides sans en parler à votre médecin. Vous avez un gabapentinoides ? Si on vous ajoute un opioïde, demandez : « Est-ce vraiment nécessaire ? »

Voici ce que vous devez faire :

  1. Si vous avez plus de 65 ans, une maladie des poumons ou des reins, évitez de combiner ces deux classes de médicaments.
  2. Si c’est inévitable, commencez avec la dose la plus basse possible. Pour le pregabalin, ça peut être 25 mg par jour. Pour le gabapentin, 100 mg trois fois par jour.
  3. Ne jamais augmenter la dose vous-même. Attendez au moins 1 à 2 semaines entre chaque augmentation.
  4. Si vous avez une insuffisance rénale, votre dose doit être réduite. Votre médecin doit vérifier votre clairance de la créatinine.
  5. Surveillez les signes : somnolence excessive, étourdissements, difficulté à respirer, lèvres bleuâtres, confusion.

Et si vous êtes un proche de quelqu’un qui prend ces médicaments ? Apprenez à reconnaître les signes d’une dépression respiratoire. Ne laissez pas la personne dormir seule. Gardez un téléphone à portée. En cas de doute, appelez les secours.

Et après ? Quelles alternatives ?

Il existe d’autres traitements pour la douleur neuropathique. La duloxétine, la venlafaxine, ou même des thérapies non médicamenteuses comme la stimulation nerveuse électrique transcutanée (TENS) ou la thérapie cognitivo-comportementale. Elles ne font pas ralentir la respiration.

Les médecins doivent arrêter de voir les gabapentinoides comme une solution sûre pour remplacer les opioïdes. Ce n’est pas vrai. Ce n’est pas une alternative. C’est un autre risque, caché.

La douleur est réelle. La peur de la souffrance est légitime. Mais la mort n’est pas un prix à payer pour un soulagement partiel. Il faut revoir la manière dont on prescrit. Il faut former les médecins. Il faut informer les patients. Et il faut arrêter de croire que « deux médicaments, c’est mieux ».

Le gabapentin seul peut-il causer une dépression respiratoire ?

Oui, bien que rarement. Les études montrent que des cas de dépression respiratoire ont été observés même avec du gabapentin ou du pregabalin pris seul, surtout chez les personnes âgées, celles avec une insuffisance rénale ou des maladies pulmonaires. Le risque est plus faible qu’avec un opioïde, mais il existe. La FDA et l’MHRA l’ont confirmé.

Pourquoi les médecins continuent-ils de prescrire ces deux médicaments ensemble ?

Parce que les patients ont une douleur chronique intense, et les médecins veulent soulager. Beaucoup pensent que le gabapentin permet de réduire la dose d’opioïdes. Mais les études montrent que cette combinaison n’améliore pas vraiment la douleur - elle augmente juste le risque de mort. C’est une pratique qui persiste par habitude, manque de formation, ou pression pour traiter la douleur rapidement.

Quelle est la dose maximale sûre de gabapentin avec un opioïde ?

Il n’existe pas de dose « sûre » quand les deux sont combinés. Les autorités sanitaires recommandent d’éviter la combinaison autant que possible. Si elle est absolument nécessaire, on commence à la dose la plus faible (ex. : 100 mg de gabapentin 3 fois par jour) et on augmente très lentement, avec une surveillance étroite. Pour les patients âgés ou avec insuffisance rénale, la dose doit être encore plus basse.

Le pregabalin est-il plus dangereux que le gabapentin ?

Les données suggèrent que le pregabalin a un risque légèrement plus élevé de dépression respiratoire que le gabapentin, probablement parce qu’il est mieux absorbé et plus puissant. Dans les études de la FDA, 34 cas sur 49 étaient liés au pregabalin. Mais les deux sont dangereux ensemble avec un opioïde. La différence est minime en pratique : les deux doivent être traités avec la même prudence.

Y a-t-il des tests pour savoir si je suis à risque ?

Non, il n’y a pas de test biologique ou génétique pour prédire ce risque. Mais vous pouvez évaluer votre risque personnel : avez-vous plus de 65 ans ? Avez-vous une maladie des poumons, du cœur ou des reins ? Prenez-vous déjà un somnifère ou une benzodiazépine ? Si oui, vous êtes à risque. Parlez-en à votre médecin avant de commencer ou d’ajouter un gabapentinoides.

13 Commentaires

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    marc f

    novembre 25, 2025 AT 22:17

    Je suis médecin en ville, et je vois ça tous les jours : des patients qui prennent du pregabalin pour une sciatique et de l’oxycodone pour une arthrose, sans qu’on leur ait jamais parlé du risque. On leur dit juste « prenez ça » et hop. C’est un système qui tourne à l’automatisme, pas à la prudence.

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    Flore Borgias

    novembre 26, 2025 AT 03:39

    Et pourtant, j’ai vu une patiente de 72 ans avec une BPCO qui a failli mourir en dormant après qu’on lui a ajouté du gabapentin. On l’a sauvée juste à temps. Si vous prenez ces deux trucs, surveillez votre respiration. Pas juste « ça fait dormir », c’est une bombe. Faites-vous tester si vous êtes à risque !

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    Xavier Haniquaut

    novembre 28, 2025 AT 03:35

    Je prends du pregabalin pour les fourmillements aux pieds. J’ai jamais pris d’opioïdes. Mais maintenant, j’hésite à continuer. Ce que tu dis me fait peur.

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    Rochelle Savoie

    novembre 28, 2025 AT 04:25

    Oh allez, encore une histoire de peur médicale ! Vous croyez que les labos nous cachent tout ? Le gabapentin, c’est un médicament de merde qui fait dormir, pas un poison. Les gens qui meurent, c’est ceux qui en prennent 1200 mg par jour avec du fentanyl et du Xanax. Normal qu’ils se tuent. Mais vous, vous voulez qu’on arrête tout parce que certains sont des cons ?

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    Olivier Rieux

    novembre 28, 2025 AT 15:55

    Le vrai problème, c’est qu’on a transformé la médecine en service client. « Vous avez mal ? On vous donne un truc. » Pas de diagnostic, pas d’écoute, juste une ordonnance. Et quand ça déraille, on blame le patient ou le médicament. La vraie maladie, c’est la paresse intellectuelle des médecins.

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    Camille Soulos-Ramsay

    novembre 29, 2025 AT 13:12

    Et si c’était un piège des labos ? Le pregabalin a été mis sur le marché comme « alternative sûre » aux opioïdes… juste après que les opioïdes ont été décriés. Qui a financé les études ? Qui a poussé les médecins à prescrire ? Je ne crois pas aux « coincidences » médicales. C’est du profit pur. Et nous, on est les cobayes.

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    Geneviève Martin

    décembre 1, 2025 AT 09:36

    Je pense qu’on a oublié une chose fondamentale : la douleur n’est pas juste un signal biologique, c’est une expérience humaine. On veut la faire disparaître comme si c’était un bug informatique. Mais la douleur chronique, c’est une vie entière qui change. Et quand on ne sait pas comment la soulager autrement, on se raccroche à ce qu’on a. Le problème, ce n’est pas les médicaments, c’est qu’on n’a pas d’autres outils. On n’a pas de soins de support, pas de psychologues, pas de physiothérapeutes accessibles. Alors on prend deux pilules et on espère. Ce n’est pas de la négligence, c’est du désespoir.

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    Christine Schuster

    décembre 1, 2025 AT 18:24

    Je suis infirmière en soins à domicile. J’ai vu des patients qui ne comprenaient pas pourquoi ils étaient fatigués, ou pourquoi ils avaient du mal à respirer. On leur a dit « c’est normal avec l’âge ». Non. Ce n’est pas normal. Si vous prenez ces deux médicaments, dites-le à votre soignant. Parce qu’on peut le voir, on peut le mesurer. Et on peut vous aider. Vous n’êtes pas seul.

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    Beatrice De Pascali

    décembre 3, 2025 AT 00:38

    Le fait que la FDA ait mis une alerte en 2019 et que personne ne l’ait lue, c’est juste pathétique. Vous êtes des adultes, pas des enfants. Si un médicament porte une mise en garde, lisez-la. Si vous ne la lisez pas, vous n’avez pas le droit de vous plaindre quand ça va mal. C’est de la responsabilité personnelle, pas une conspiration.

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    Olivier Rault

    décembre 4, 2025 AT 00:10

    Je prends du gabapentin pour les migraines. J’ai demandé à mon médecin si c’était sûr avec mon anti-inflammatoire. Il m’a dit : « Oui, c’est courant. » J’ai insisté. Il a regardé les lignes directrices. Il a changé la prescription. J’ai été surpris qu’il accepte d’écouter. Peut-être que tout n’est pas perdu.

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    Valery Galitsyn

    décembre 5, 2025 AT 06:03

    La médecine moderne est une religion. On adore les pilules, on les considère comme des sacraments. On ne cherche plus à comprendre la cause de la douleur, on la fait taire. Et quand ça tue, on s’étonne. Ce n’est pas un accident. C’est une conséquence logique d’un système qui traite le corps comme une machine, et non comme un être vivant.

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    Pascal Danner

    décembre 5, 2025 AT 19:52

    Je suis en réhabilitation après une surdose accidentelle avec gabapentin + morphine… J’ai survécu par miracle. J’avais 32 ans. Je ne pensais pas que ça pouvait arriver à moi. J’ai maintenant un pacemaker pour surveiller ma respiration la nuit. Je veux que les gens sachent : c’est pas un jeu. C’est une mort silencieuse. Et elle est évitable. Parlez-en. À votre médecin. À vos proches. À votre pharmacien. Ne laissez pas la peur vous faire taire.

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    Louise Marchildon

    décembre 6, 2025 AT 09:21

    Je suis contente que ce post existe. J’ai une amie qui a perdu son père comme ça. Personne ne lui a dit que c’était dangereux. Elle se sent coupable. Mais ce n’est pas sa faute. C’est la faute d’un système qui oublie les patients. Merci d’avoir mis ça en lumière. On a besoin de plus de ça.

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